Témoignage Paul

Témoignage de Paul

Je m’appelle Paul, j’ai 12 ans et je voudrais vous parler de mon harcèlement vécu dans l’école Saint François à Douvaine et qui a duré de GS au CM1.

Ce n’est pas très facile pour moi de faire ce témoignage, mais je me rends compte que c’est important pour vous de le lire.

Je suis entré dans l’école Saint François de Douvaine en grande section. Mes parents ont choisi cette école pour les valeurs qu’elle mettait sur son site. Je me suis vite fait beaucoup d’amis. Un de mes camarades a commencé à m’embêter, à dire que je suis nul, que je suis moche, que je n’ai pas une veste en cuir, que j’ai des habits de bébé. Je l’ai dis à mes parents, mais ils pensaient qu’on se chamaillait, comme tous les enfants.

Les années passaient et les agressions physiques et verbales se multipliaient. Je m’excuse pour les gros mots que je vais utiliser, mais je dois les écrire comme ils ont été dits pour que vous compreniez leur gravite : sale roumain, tu es nul à tout, petite merde, on ne veut pas de roumains chez nous, fils de p*te, ni**e ta mère, espèce d’enculé, sale PD.

Vous ne pouvez pas vous rendre compte de ce que cela peut faire d’entendre chaque jour les mêmes insultes. De subir des coups de pieds, des coups de poing dans la mâchoire, dans le ventre, dans les parties intimes… Toujours en cachette.

Il me mettait des coups de poing dans le visage et il venait vers moi pour caresser mes joues en me disant :  » Ca va Paul, tu as mal. Ne pleure pas Paul, ça ne fait pas mal[…] ». Je lui disais que j’allais le dire à la directrice et chaque fois, mon harceleur me disait : « la prochaine fois si tu dis quelque chose à quelqu’un, je te tue. » J’avais très peur qu’il me tue et du coup je ne disais plus rien.

Il était jaloux parce-que je travaillais bien à l’école et parce-que j’avais une belle écriture.

Du coup je suis devenu un autre enfant. Je ne pouvais plus me concentrer à l’école, mes résultats baissaient, je ne pouvais plus me concentrer pendant les cours de piano et j’ai renoncé au piano, j’ai changé mon écriture, une écriture moche, comme ça il ne m’embêtait plus. J’ai commencé à manger énormément, j’avais envie de vomir mais je ne pouvais pas m’arrêter. Je suis devenu très agressif avec mes parents et avec mon frère que j’adore… J’avais des tics aussi. Je me suis révolté contre la maîtresse qui ne me croyait pas… J’étais convaincu que j’étais cette « petite merde » et nul et je disais à mes parents : « je ne suis qu’une petite merde, un nul » comme mon harceleur me disait.

Le jour où il m’a baissé mon pantalon dans la cour de l’école, devant tous les enfants, je suis rentré à la maison en pleurant et j’ai dis à ma maman : « si vous ne faites pas quelque chose, je vais me suicider ».

Les démarches ont commencé, mais malheureusement, aucune solution n’a été trouvée. J’ai dû avoir le courage d’aller à la gendarmerie et de parler de tout ce que je vivais. La souffrance ne s’est pas arrêtée… Suite à ma plainte à la police, et moi et mon frère, nous avons été virés de l’école, du jour au lendemain. Je ne comprenais pas pourquoi moi, victime, j’ai dû quitter l’école et tous mes copains, et mon harceleur il pouvait rester à l’école ? Et pourquoi mon petit frère ? Il a fait quoi, pour qu’il soit mis dehors ?

Et la souffrance ne s’est pas arrêtée : j’ai développé une sorte de phobie scolaire, je ne supportais plus l’école. Je faisais des crises de panique dès que je me trouvais devant l’école. J’ai développé une sorte de phobie maîtresse, je ne faisais plus confiance aux adultes… Il m’a fallut presque trois ans pour que je puisse être mieux à l’école.

J’ai eu de la chance qu’en CM2 et au collège d’avoir été aidé pour que j’arrive à faire confiance aux adultes et pour que je sois mieux. Je profite pour remercier tous ceux qui m’ont aidé au CM2 : le directeur de l’école de Messery – M.Begel et ma maîtresse Julie Faguel. Et au collège du Bas Chablais : premièrement à ma soeur Clara, à la direction du collège, à la CPE et à la vie scolaire.

Si vous vous trouvez dans une situation pareille, vous devez parler à vos parents et aux adultes qui vous entourent, même s’ils ne vous croient pas trop, ou ils ne rendent pas compte que c’est grave… Vous devez continuer à leur dire toujours ce que vous vivez… et de croire qu’il y a toujours une solution. Et vous les adultes écoutez ces enfants, comme ça ils ne vont pas souffrir comme moi.

Merci de tout cœur à Paul pour son témoignage.