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Témoignage de S.

« En 19 années de vie, le système scolaire m’a brisé d’année en année pendant 15 ans. Commençant en maternelle, pour se terminer à la fin du lycée, en passant par l’école primaire et la case collège entre les deux.

Aujourd’hui, c’est devenu un combat de tous les jours avec des séquelles.

Pour la première fois, j’écris un témoignage de cet enfer, qui se prénomme « harcèlement scolaire », que j’ai vécu et qui continue d’agir sur ma vie.

Ils sont des dizaines à y avoir participé, plus ou moins activement, que ce soit physiquement, psychologiquement, avec des connotations sexuelles, en utilisant les réseaux.

Durant ces 15 années, des coups de pied, des gifles, des bousculades, des griffures et des éraflures de peau, des tirages de cheveux, ou bien des coups par le biais d’objets du genre des livres, des cahiers ou encore des sacs remplis… mais aussi des humiliations, des rumeurs, des insultes, de l’incitation à l’isolement, faire tomber mes affaires ou prendre mes affaires, des critiques, des remarques sur mon corps en se moquant, des incitations au suicide, en utilisant mes « amis », mais aussi en parlant de ma famille.

Voici des phrases types que j’ai pu entendre : « Elle ne peut pas se faire écraser ? », « Ils ne peuvent pas l’abandonner ? », « Meurs en silence », « On fêtera ça, bouteille de champomy et célébrations » en parlant de ma mort, ou encore « Ce serait bien qu’il meurt » en parlant de mon père (professeur dans l’établissement).

Dans le harcèlement que j’ai subi, il y a aussi eu une part de chantage affectif pour encore mieux me « tenir ».

Par les réseaux, c’était principalement pour me critiquer, faire naître des disputes alimentant par la suite ce qu’il se passait à l’école, des insultes par-ci, par-là, de temps en temps.

(Si je ne parle pas plus des connotations sexuelles ici, c’est que je ne suis pas prête à le faire, mais que je voulais quand même mentionner cette partie du calvaire).

Malheureusement, dans mon cas, certains professeurs et membres du personnel éducatif ont aussi participé. Pour donner deux exemples précis : l’un m’a montré du doigt en disant « il faut balayer la poussière », à un élève avec un balai en main, ce qu’il a bien évidemment fait ; le deuxième est quand je suis arrivée une fois en retard, pour une bonne raison, le prof m’a dit « On m’a dit que t’étais morte » à deux reprises en essayant de se justifier (mais rien ne justifiait cette remarque, comme toutes les autres qu’il m’a faites).

On nous dit qu’il faut parler, je l’ai fait au collège : on m’a prise pour une folle, pas prise au sérieux, ils m’ont fait hospitaliser une semaine et personne n’a été sanctionné, ça a continué.

Je l’ai fait au lycée en première puis en terminale, certains professeurs ont fait au mieux pour assurer ma sécurité, mais l’administration ? J’ai été reçue avec la principale harceleuse qui restait encore, le proviseur adjoint nous a laissées seules dans son bureau, en pleurs. Rien n’a été fait là non plus. « C‘est terminé », aura-t-il dit. Par la suite, j’ai appris qu’il avait rigolé du fait que nous étions en pleurs. Rien n’a encore été fait.

Le 3 juin 2022, 11 jours avant le bac de philo, je fais une tentative de suicide dans l’établissement. Rien ne sera fait concernant le harcèlement jusqu’à mon audition à la gendarmerie, où j’ai porté plainte contre l’un des harceleurs parmi tant d’autres.

Un an après, je suis toujours présente. Ma mère a essayé d’agir, une proviseure adjointe qui était présente depuis quelques années a aussi essayé d’agir. Certains professeurs ont fait au mieux pour m’aider et j’ai trouvé des personnes de confiance qui encore aujourd’hui sont là.

Alors, si je devais faire passer un message, c’est qu’il ne faut pas abandonner, qu’il faut continuer de lutter contre le harcèlement scolaire, ainsi que contre toutes les autres formes de harcèlement.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, je fais ce pas, celui de raconter une partie de mon calvaire, en espérant un jour peut-être intervenir auprès des élèves, du personnel et des parents.

Merci aux associations d’exister.

Merci d’avoir lu ce bout d’histoire du vécu d’une inconnue.

Je vous souhaite courage et force dans la vie. »

 

Merci de tout coeur à S. pour son témoignage.