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Témoignage anonyme

« J’ai été harcelé dans les années 90. Cela a définitivement impacté ma vie. 

 

Le coût financier pour la société doit être assez élevé. D’abord, parce que j’ai eu et j’ai besoin de soins psychiatriques, parfois lourds, mais aussi à cause du manque à gagner. J’étais un très bon élève, de niveau Bac S. Je me suis effondré juste après le Bac. J’ai surtout vécu au SMIC à mi-temps et au RMI/RSA. Je n’ai donc pas payé les impôts que m’auraient permis un bon travail. Il est donc rentable d’investir pour lutter contre le harcèlement.

 

Quand je revois les affaires d’harcèlement moderne, je vois des points communs avec mon passé :

  1. Les professeurs qui ne savent pas détecter le harcèlement et ne savent pas agir.
  2. Les parents qui ne savent pas détecter le harcèlement et ne savent pas agir.
  3. Les harceleurs qui ne comprennent pas la violence de leurs actes ni les conséquences.
  4. Le fait que ça touche plusieurs secteurs et pas seulement l’école : avant internet, dans un village ou un quartier, les infos circulaient par le bouche à oreille et une victime finissait par se faire harceler dans son club de sport, son centre de vacances etc.
  5. Le harcèlement est dû à l’inaction/ le suivi de la masse. Dans ma classe, 3 élèves me harcelaient mais 25 suivaient le harcèlement parce que c’était « marrant ». S’il n’y avait pas eu les 25 suiveurs, si les 25 avaient rejeté les 3 harceleurs, je n’aurais pas été détruit.
  6. Oui, le harcèlement pousse au suicide ou à la violence. Moi j’ai de la chance (?), je me suis raté.

 

Ce que je ferais aujourd’hui et ce que je fais pour lutter contre le harcèlement ?

  1. Vérifier : Si les notes d’un enfant chutent, si son comportement change, sa manière de s’exprimer, si les autres ont un comportement étrange à son égard, je conseille de rentrer en mode surveillance. Dans 80% des cas, c’est peut être juste une oscillation due à l’adolescence. Mais il est très important de ne pas rater les 20%, parce que le harcèlement tue.
  2. Apprendre aux enfants à ne pas tolérer le harcèlement, à ne pas être des suiveurs. C’est très dur quand on est ado, mais ce sont les suiveurs qui permettent le harcèlement. Et aujourd’hui, apprendre à nos enfants que quand ils transmettent un message de harceleur, ils poignardent à leur tour la victime.
  3. Il faut intervenir le plus tôt possible car plus le temps passe, plus les dégâts psychiques se font.
  4. Une fois la situation calmée, proposer une aide efficace et adaptée à la victime. Moi j’ai été soigné par des psychanalystes au début… et bien j’ai failli mourir une deuxième fois ! »

 

Merci de tout cœur à A. pour son témoignage.